Ça fait des heures que j’attends. Pourquoi il ne dit rien ?
Pourquoi il me regarde derrière ses petites lunettes de savant ? Pour m’impressionner ?
Pour me faire peur ?
Mais j’l’ai pas tuée. Qu’est-ce que je fais là, devant ce psy ? Ils veulent me faire passer pour fou ? Un psychopathe comme ils disent dans les journaux ? C’est elle qui s’est jetée toute seule dans le vide quand elle m’a vue. J’l’ai pas tuée.
Ça fait une heure qu’il me montre cette image en espérant que je vais dire des horreurs. Mais elle ne m’inspire rien cette image. Rien qu’un arbre rouge au bout d’un tunnel, dans une forêt. Avec des plumes et des racines. Elle ne veut rien dire cette image.
Bon d’accord, il y a des yeux qui me fixent dans le feuillage. Ils ressemblent aux yeux de toutes ces femmes qui ont eu peur de moi quand je leur souriais. Quoi ? Qu’est-ce qu’il a mon sourire ? Pourquoi elles ont peur ? Je voulais juste la serrer dans mes bras…
Bon d’accord, il y a ce rouge qui ressemble à du sang. J’aime pas le sang. Je voulais pas qu’elle saigne quand sa tête a heurté la pierre. J’l’ai pas tuée.  J’l’ai pas tuée.
Bon d’accord, les troncs des arbres ressemblent à mes bras, quand je serre tellement fort le cou des femmes, il y a des veines qui apparaissent sous ma peau, c’est joli, ça fait comme des ruisseaux. Mais j’les ai pas tuées. C’est elles qui se sont jetées sur moi avec leurs poings. J’voulais pas.
Et puis ces araignées tapies dans le fond, comme celles qui me grignotent le cerveau depuis que ma mère m’a jeté dans cette niche de chien. Elle voulait plus me voir, elle disait que j’étais une calamité. C’est pas de ma faute, monsieur le président. J’les ai pas tuées. Je voulais juste qu’elles me prennent dans leurs bras. ..
Mais j’dirai rien de tout ça. Son arbre il peut se le mettre où j’pense.
Ils m’ont donné un avocat. J’veux dormir. Je veux plus voir cet arbre horrible.
Pourquoi y a des barreaux à la fenêtre ? Ils ont peur que je me jette dans le vide ? Mais j’y suis déjà, dans le vide. Ya plus rien dans ma tête. Plus d’arbre, plus d’araignée, plus de sang, plus d’yeux qui me regardent. Dieu qui me regarde…je veux mourir. J’les ai tuées, j’les ai tuées…

Célestine
Célestine