Les archives du Blogébul!

01 novembre 2017

Pascal

 

La forêt avait perdu sa joie de vivre

elle était devenue toute sombre

et les arbres se mourraient de solitude.

 

Les oiseaux s'étaient envolés ne laissant derrière eux

que quelques plumes accrochées aux branches.

 

Mais sur ce triste chemin de vie

une petite graine originelle

qui était là depuis la nuit des temps

ne pouvait se résoudre à laisser mourir la forêt.

 

Alors elle se mit à germer, à grandir

éclairant la forêt de sa joie de vivre

et de son Amour pour les Arbres.

 

Les battements colorés de cet arbre au cœur de la forêt

lui redonna peu à peu des couleurs.

Les couleurs de la Vie.

 

Pascal
Parler en silence

 

 

Posté par Cyann P à 22:04 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Célestine

Ça fait des heures que j’attends. Pourquoi il ne dit rien ?
Pourquoi il me regarde derrière ses petites lunettes de savant ? Pour m’impressionner ?
Pour me faire peur ?
Mais j’l’ai pas tuée. Qu’est-ce que je fais là, devant ce psy ? Ils veulent me faire passer pour fou ? Un psychopathe comme ils disent dans les journaux ? C’est elle qui s’est jetée toute seule dans le vide quand elle m’a vue. J’l’ai pas tuée.
Ça fait une heure qu’il me montre cette image en espérant que je vais dire des horreurs. Mais elle ne m’inspire rien cette image. Rien qu’un arbre rouge au bout d’un tunnel, dans une forêt. Avec des plumes et des racines. Elle ne veut rien dire cette image.
Bon d’accord, il y a des yeux qui me fixent dans le feuillage. Ils ressemblent aux yeux de toutes ces femmes qui ont eu peur de moi quand je leur souriais. Quoi ? Qu’est-ce qu’il a mon sourire ? Pourquoi elles ont peur ? Je voulais juste la serrer dans mes bras…
Bon d’accord, il y a ce rouge qui ressemble à du sang. J’aime pas le sang. Je voulais pas qu’elle saigne quand sa tête a heurté la pierre. J’l’ai pas tuée.  J’l’ai pas tuée.
Bon d’accord, les troncs des arbres ressemblent à mes bras, quand je serre tellement fort le cou des femmes, il y a des veines qui apparaissent sous ma peau, c’est joli, ça fait comme des ruisseaux. Mais j’les ai pas tuées. C’est elles qui se sont jetées sur moi avec leurs poings. J’voulais pas.
Et puis ces araignées tapies dans le fond, comme celles qui me grignotent le cerveau depuis que ma mère m’a jeté dans cette niche de chien. Elle voulait plus me voir, elle disait que j’étais une calamité. C’est pas de ma faute, monsieur le président. J’les ai pas tuées. Je voulais juste qu’elles me prennent dans leurs bras. ..
Mais j’dirai rien de tout ça. Son arbre il peut se le mettre où j’pense.
Ils m’ont donné un avocat. J’veux dormir. Je veux plus voir cet arbre horrible.
Pourquoi y a des barreaux à la fenêtre ? Ils ont peur que je me jette dans le vide ? Mais j’y suis déjà, dans le vide. Ya plus rien dans ma tête. Plus d’arbre, plus d’araignée, plus de sang, plus d’yeux qui me regardent. Dieu qui me regarde…je veux mourir. J’les ai tuées, j’les ai tuées…

Célestine
Célestine

 

Posté par Cyann P à 22:03 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Patricia Perello

Abel sait que chacun de ses pas le rapproche de l'Arbre où lui a donné rendez-vous son grand-père, il y a plus de soixante ans. Pouvoir le prendre de nouveau dans ses bras, c'est ce qui lui donne la force de continuer. Il avance dans l'obscurité depuis de longues minutes, peut-être des heures ? ou bien des années ? comment le savoir ? Après tout, ici, le temps n'existe pas. Un vent glacé parcourt sa nuque, puis son dos et des bruits toujours plus effrayants le font tressaillir. Il se met à douter, à trembler même, puis rassemble finalement ses esprits. Il ne baissera pas les bras. Il lui doit bien cela.

*****

C'était un matin d'octobre 1952. Son grand-père, sur le point de mourir, lui fit une étrange confidence. Abel, à peine douze ans à cette époque, troublé de voir son aïeul ainsi affaibli, s'approcha de lui. Voici ce que le vieil homme murmura à l'oreille du garçonnet : "Petit, lorsque ton heure viendra, tu trouveras l'Arbre aux Morts. Auprès de lui, tu ne ressentiras ni chagrin ni douleur, ni peur ni solitude. Je t'attendrai".
Ces mots ne cessèrent de résonner en lui. Il chercha pendant des années ce que pouvait être l'Arbre aux Morts. Il parcourut les bibliothèques des plus grandes villes d'Europe, rencontra les plus grands spécialistes des questions ésotériques, en vain. Il vécut alors toute sa vie avec cette idée nichée dans un coin de son esprit. Et cette pensée ne le quitta jamais. Malgré tout, Abel eut une vie riche, il se maria, eut une fille et deux garçons, avant de devenir grand-père à son tour. Il connut des coups durs, évidemment, mais il ressentait en lui cette force extraordinaire qu'il ne s'expliquait pas. Sans parvenir à mettre des mots sur cette curieuse sensation, il savait cependant d'où elle provenait. Son grand-père était là, quelque part, et le guidait à chaque instant de sa vie, dans les joies et les peines qui jalonnaient son existence.
Abel savait son heure venue. Il était prêt à quitter ce corps fatigué, quitter cette enveloppe qui l'encombrait.
Il rendit son dernier souffle entouré des siens, guidé par une lumière intense et irradiante. Un sentiment d'Amour inconditionnel l'emplit alors de tout son être. Puis, il emprunta un sentier étroit sur lequel il repensait sa vie, ses drames et ses victoires. Il se demanda s'il avait été bon avec les autres, donné suffisamment d'Amour et s'il avait enfin mérité le repos éternel promis par ce grand-père tant aimé.

*****

Perdu dans ses pensées, Abel ne remarque pas immédiatement le feuillage pourpre ondulant au gré du vent, tout au bout du chemin. Puis, il lève enfin les yeux. C'est l'Arbre aux Morts. Il presse le pas, courant pour le rejoindre, manquant de tomber à plusieurs reprises. Il n'est plus très loin.
Épuisé, il s'appuie contre le tronc pour reprendre son souffle lorsqu'il sent tout-à-coup une présence derrière lui.
Abel se retourne, son grand-père est là, affichant ce large sourire qu'il lui reconnait instantanément.

— Alors petit, tu m'as donc retrouvé ?

— Pourquoi ici ?

— Cet arbre symbolise la Vie et la Mort. Toi et moi sommes comme le phénix qui renaît de ses cendres.

— Qu'allons-nous faire à présent ?

— Vivre.

Patricia Perello
La malédiction de l'Akelarre

 

 

Posté par Cyann P à 21:58 - Commentaires [6] - Permalien [#]

Oligo

J’ai vu un bel arbre, tout mignon dans la forêt,
et j’ai voulu le ramener chez moi.

Mais quand je lui ai mis la laisse, il est devenu tout rouge ;
il s’est secoué dans tous les sens, un vrai tremblement de terre...

Maintenant, la forêt est toute penchée, je ne peux plus rattraper ma laisse
et même pas tenir debout... c’est très gênant.

Il ne faut jamais  plus embêter les arbres avec des cordes !

Oligo

 

 

Posté par Cyann P à 21:52 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Dark Valkyrie

Alena se releva péniblement et frotta sans le voir son genou douloureux; elle essuya la terre humide qu'elle sentait sur sa joue et dans sa bouche. Elle avait égaré sa dague et sa cape de laine. Elle essaya de rassembler son courage, de garder la tête froide et de se persuader qu'elle n'était pas nécessairement perdue. Levant les yeux sans espoir vers le ciel, elle vit que l'épaisse frondaison filtrait la pâle lueur de la lune et qu'elle ne retrouverait pas son chemin de cette façon.

Combien de temps s'était il écoulé depuis sa perte de conscience? Plusieurs heures, manifestement.
Le froid la saisit en même temps que le désespoir. Les chances de retrouver Ael semblaient à présent inexistantes. Le rendez vous qu'il lui avait donné, à l'aube, à la sortie de la forêt, était sans doute une projection de ses propres espoirs sur une réalité altérée.

Comment s'étaient-ils retrouvés dans cette forêt? Où étaient son peuple, sa maison, ses certitudes? Pourquoi tout ce qu'elle tenait pour acquis de sa vie, de ses souvenirs, semblait-il si flou, si immatériel?

Elle avançait dans la quasi obscurité, comme dans un brouillard palpable, qui l'entravait davantage à chaque pas. Autour d'elle, le silence de la nuit semblait étouffer toute forme de vie, même hostile. Elle finit par s'apercevoir que simplement marcher était de plus en plus difficile, sans que le moindre obstacle se présentât pourtant devant elle. Le fait de conscientiser ce phénomène obscurcissait aussi son cerveau, comme une bougie qui s'éteint. Tout se brouillait dans sa tête, aucune pensée ne pouvait plus naître. Bientôt, elle tomba à nouveau inconsciente sur le sol.

Beaucoup plus tard, une chaleur caressa sa joue et la ramena à la vie. Elle ouvrit les yeux péniblement, et fut éblouie par la vision d'abord floue d'une flamme vermeille qui dansait devant elle, au ras du sol. Etrangement joyeuse, elle semblait animée d'une vie certaine, et paraissait l'inviter à la suivre.

Alena se releva avec effort, intriguée, hypnotisée. Elle se mit à marcher derrière cette petite flamme qui rasait le sol, sans réfléchir aux conséquences. C'était la seule forme animée rencontrée ici, aussi loin qu'elle s'en souvînt, et  instinctivement elle lui fit confiance.
Le chemin n'était pas plus facile, ni moins effrayant, mais elle ne se posait plus de questions sur ce qu'elle devait faire. La flamme éclairait le sol, ce qui lui permettait d'éviter désormais les trous, les rochers et les racines sur lesquels elle butait auparavant maladroitement. C'était forcément de bon augure. Elle s'en remit sans vraiment s'en rendre compte à cette petite flamme inconnue, inexpliquée et muette, comme s'il s'agissait d'une alliée envoyée par Ael.

Le souvenir lumineux du jour où ils s'étaient promis l'un à l'autre lui revint et son coeur se rappela un bref instant ce qu'était l'allégresse. Elle toucha l'anneau qu'il lui avait en secret passé au doigt, sous l'arbre aux feuilles d'or qui surplombait le village. Cela lui rendit courage. Elle se mit à courir plus vite. Les choses redevenaient presque normales. La nuit se faisait plus claire, elle cédait lentement à l'aube encore farouche, mais qui triompherait bientôt.

Tout serait alors plus facile, plus réel. La flamme courait toujours devant elle, et elle la suivait éperdument. Elle s'essoufflait à courir ainsi, ses cheveux noirs masquaient souvent ses yeux, mais elle les balayait d'un revers de main automatique, portée par l'espoir d'arriver enfin vers lui. Oui, c'était sûr, c'était lui qui lui avait envoyé cette flamme pour la guider à travers la nuit, et les réunir enfin.

Le jour se levait lentement, le ciel rosissait, la nuit reculait, la réalité reprenait ses droits.

Enfin, au bout du chemin, au loin, la forêt semblait prendre fin. Alena ne regardait plus le sol, ni la flamme, juste la lumière du jour droit devant elle. Au fur et à mesure qu'elle avançait, le jour avançait aussi. L'espoir renaissait, la vie redevenait réelle et tout ce qu'elle chérissait existait à nouveau.

Elle arrivait enfin à la fin de la forêt, le coeur battant, les joues rouges, le sang vif dans ses veines, éblouie par la clarté du jour, heureuse et impatiente.

Devant elle, dans la plaine, se dressait l'arbre aux feuilles d'or. Elles étaient rouges. Et en contrebas, son village, réduit en cendres, encore fumantes. Sans comprendre, elle avança vers l'arbre aimé; une forme allongée se trouvait  à son pied; tremblante, elle s'agenouilla pour y trouver le corps sans vie d'Ael. La petite flamme vacilla hasardeusement, puis s'éteignit comme dans un soupir.

Dark Valkyrie
La Valkyrie Végétarienne

 

 

Posté par Cyann P à 21:50 - Commentaires [4] - Permalien [#]

Véro

Viens, avance donc… N’aie pas peur ! Fais un pas en avant ; tu verras, ce n’est pas si compliqué. Oui, certes, le chemin jusqu’à moi est tortueux ; les racines entremêlées déstabilisent ton pas hésitant. Des branches nues tentent de te défigurer et d’écorcher tes bras.  Pourtant, quelques efforts et tu seras près de moi. Le plus difficile, le plus désagréable, c’est d’emprunter ce chemin… Après, tu verras, c’est plutôt plaisant. Sens-tu la douceur des plumes ? Ce sont des caresses comme il y en a près de moi.

Quitte ce monde terne et triste pour le mien : regarde l’arbre flamboyant ; il est à l’image de mon univers. Combien de souffrances, d’absurdité dans ta vie ? Ici, il en est différemment. Il ne tient qu’à toi de venir le découvrir.

On t’a toujours raconté des horreurs sur moi. Tu crois que je suis le néant et pourtant, il n’en est rien. Ici, tout est lumineux et chaleureux ; pas triste du tout ni ennuyeux. Fais donc un pas en avant ; tu entendras le chant des oiseaux, tu sentiras le rayonnement sur ta peau. Viens te dis-je… Viens…

Véro
Les rêves de Véro...

 

 

Posté par Cyann P à 21:43 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Cyann P.

C'est un son,  un mot, une envie. Quelque chose de passager et d'éphémère, une torsion du cœur énigmatique, un sentiment inavoué. Sans but, sans joie, sans rire ni résultat, rien ne s'efface mais rien ne reste. Entre ses bras, le temps m'enlace, d'éternité me modèle pour qu'à jamais, rien de ce qui n'est, rien de ce qui naît, ne puisse effleurer les effluves de mes pensées. Doux bercement, triste idée, sensation euphorique, rien de tout ce que tu ne m'apporte ne me touche plus que cette mélancolie. Rien n'est, rien n'est plus, sur un doux son, une musique oubliée, je veux m'en aller. Entre les vents, remuant ces vies, entre ces flots ininterrompus, inespérée, la magie de l'univers s'écoule et prend fin comme elle commence. Tends-moi les bras comme je touche cette soie qui anoblit l'acte et rend ainsi toute commune chose un oubli de réminiscences.

Rage sans mots, sans sentiments, l'oubli d'un être, une vie qui s'en va, chacune de ces années s'étiole et se meurt, que la fin précipite avant le temps. Doux balancement, libération de cette litanie, la mélopée sans fin et de cet écrin de chair. Un merveilleux espoir, une paisible attente que rien ne trouble, qui se remplit d'écarlate et de vermeil.

 Cyann P.
Le Blogébul de Cyann

 

 

Posté par Cyann P à 21:33 - - Commentaires [3] - Permalien [#]